
# PLA et humidité : comment éviter les problèmes
L’impression 3D avec du filament PLA connaît un succès grandissant auprès des amateurs comme des professionnels. Pourtant, un ennemi silencieux menace constamment la qualité de vos impressions : l’humidité. Ce phénomène hygroscopique, souvent sous-estimé par les débutants, peut transformer une impression prometteuse en un véritable désastre. Les symptômes sont variés : bulles disgracieuses, bruits de crépitement inquiétants, adhésion défaillante entre les couches, ou encore une fragilité structurelle inattendue. Maîtriser la relation complexe entre le PLA et l’eau atmosphérique devient alors une compétence essentielle pour quiconque souhaite produire des pièces de qualité professionnelle. La bonne nouvelle ? Des solutions existent pour protéger votre précieux filament et optimiser vos résultats d’impression.
Hygroscopie du PLA : comprendre l’absorption d’humidité du filament
Le polylactide, communément appelé PLA, présente une caractéristique chimique fondamentale qui explique sa vulnérabilité à l’humidité. Cette hygroscopie n’est pas qu’un simple détail technique : elle détermine directement la qualité de vos impressions futures. Comprendre ce mécanisme permet d’anticiper les problèmes et d’adapter vos pratiques de stockage en conséquence.
Structure moléculaire du polylactide et affinité hydrophile
Au niveau moléculaire, le PLA se compose de chaînes polymériques contenant des groupes ester et hydroxyle. Ces groupes fonctionnels possèdent une affinité naturelle avec les molécules d’eau, créant des liaisons hydrogène faibles mais significatives. Cette attraction chimique explique pourquoi votre filament PLA agit comme une véritable éponge microscopique lorsqu’il est exposé à l’air ambiant. La structure semi-cristalline du matériau offre également des espaces interstitiels où l’eau peut se loger, aggravant le phénomène d’absorption. Contrairement aux matériaux totalement hydrophobes comme le polypropylène, le PLA ne peut simplement pas résister à cette interaction avec l’humidité atmosphérique.
Taux d’humidité critique : seuils de 0,025% à 0,5%
Les spécifications techniques des fabricants indiquent généralement un taux d’humidité maximal acceptable entre 0,025% et 0,5% du poids total du filament. Au-delà de ce seuil, les propriétés mécaniques et rhéologiques du matériau se dégradent considérablement. Pour illustrer concrètement, une bobine de 1 kg peut absorber jusqu’à 5 grammes d’eau avant d’atteindre ce niveau critique. Ces valeurs peuvent sembler infimes, mais elles suffisent amplement à compromettre vos impressions. Des tests en laboratoire démontrent qu’un taux d’humidité dépassant 0,3% entraîne une réduction de 15 à 20% de la résistance à la traction des pièces finales.
Vitesse d’absorption selon les conditions atmosphériques
La cinétique d’absorption varie drastiquement selon l’environnement. Dans une atmosphère à 50% d’humidité relative et 20°C, un filament PLA fraîchement déballé peut atteindre 80% de sa saturation en seulement 24 à 48 heures. En climat tropical avec
70% d’humidité relative, cette même bobine pourra dépasser le seuil critique en quelques heures seulement. À l’inverse, dans une pièce maintenue sous les 30% d’humidité relative, l’absorption sera beaucoup plus lente, ce qui laisse davantage de marge pour imprimer sans dégradation notable. C’est pour cette raison qu’un simple changement de saison ou de pièce (atelier humide, garage, cave) peut suffire à faire varier radicalement le comportement de votre PLA. En pratique, disposer d’un hygromètre à proximité de votre imprimante 3D vous permet de quantifier ces variations plutôt que de les subir à l’aveugle. Vous pouvez alors adapter la durée de séchage de votre filament ou la rigueur de votre stockage en fonction de ces mesures réelles.
Impact de la porosité du filament sur la rétention d’eau
La porosité interne du filament PLA joue un rôle clé dans sa capacité à retenir l’eau. Un filament de bonne qualité présente une densité homogène, avec peu de microcavités, ce qui limite légèrement la quantité maximale d’humidité absorbable. À l’inverse, certains filaments d’entrée de gamme ou mal extrudés lors de la fabrication peuvent contenir davantage de micro-bulles ou de zones peu denses. Ces « poches d’air » se comportent comme des réservoirs supplémentaires dans lesquels l’eau va s’infiltrer et rester piégée.
Concrètement, cela signifie que deux bobines de PLA de marques différentes, exposées aux mêmes conditions, ne réagiront pas de la même façon à l’humidité. Le filament plus poreux atteindra plus vite un taux d’humidité critique et mettra plus de temps à sécher complètement. C’est aussi pour cela que les filaments qualitatifs, fabriqués selon des contrôles stricts de diamètre et de densité, offrent une meilleure stabilité à l’impression. Vous avez peut-être déjà constaté qu’une marque « premium » tolère mieux une pièce légèrement humide qu’une bobine bas de gamme : la porosité en est souvent la cause cachée.
Symptômes visuels et acoustiques d’un filament PLA humide
Comment savoir si votre filament PLA est humide sans équipement de laboratoire ? Heureusement, l’impression 3D elle-même vous fournit de nombreux indices visuels et sonores. Un PLA humide se comporte de manière très différente d’un filament sec, tant au niveau de l’extrusion que de l’aspect final de vos pièces. En apprenant à reconnaître ces symptômes, vous pourrez intervenir rapidement avant de perdre des heures sur une impression mal partie.
Les signes les plus parlants apparaissent dès les premières couches : bulles qui éclatent en sortie de buse, surface rugueuse inhabituelle, ou encore fils indésirables entre les parties de la pièce (stringing). Les sons produits par la buse constituent également un excellent indicateur, même si vous n’êtes pas juste à côté de l’imprimante. En combinant observation visuelle et écoute attentive, vous disposerez d’un diagnostic rapide et fiable de l’état d’humidité de votre filament PLA.
Bulles et vaporisation durant l’extrusion à 190-220°C
Lorsque du filament PLA chargé en eau atteint la zone de fusion de la hotend, entre 190°C et 220°C, l’humidité se transforme instantanément en vapeur. Cette vaporisation brutale provoque la formation de bulles dans le flux de matière en fusion. Sur votre pièce, cela se traduit par des petites cavités, des cloques ou des irrégularités clairement visibles sur les parois. Si vous observez la sortie de la buse à vide, vous verrez parfois le filament extrudé se dilater, puis se rétrécir, comme si de l’air s’échappait de l’intérieur.
Au-delà de l’aspect esthétique, ces bulles fragilisent considérablement la structure interne de la pièce imprimée. Un objet ainsi « foisonné » contiendra davantage de vide, donc moins de matière solide pour encaisser les contraintes mécaniques. C’est un peu comme comparer un pain bien dense à une baguette pleine de gros trous : en compression, le premier sera toujours plus résistant. Si vous remarquez ces bulles dès les premières couches, interrompre l’impression et sécher votre filament PLA avant de recommencer vous fera gagner du temps et de la matière.
Crackling et pop sonores caractéristiques en impression
Un autre symptôme très parlant d’un filament PLA humide est l’apparition de bruits de crackling ou de petits « pops » pendant l’impression. Ces sons correspondent à la vapeur d’eau qui s’échappe violemment du plastique fondu, comme de minuscules explosions à l’intérieur de la buse. Sur un filament bien sec, l’extrusion doit être presque silencieuse, à l’exception des bruits mécaniques de l’imprimante elle-même. Si, en vous approchant de la hotend, vous entendez un crépitement comparable à celui d’une poêle légèrement humide, cela doit immédiatement vous alerter.
Ce repère acoustique est particulièrement utile lorsque l’imprimante se trouve dans un caisson ou une autre pièce. Même sans voir la buse, vous pouvez percevoir ces sons anormaux et anticiper un problème de qualité d’impression. Il est intéressant de noter que plus le filament est humide, plus ces bruits deviennent fréquents et prononcés. Vous pouvez donc presque estimer, à l’oreille, la gravité de la situation et décider si un simple ajustement de paramètres suffit ou si un séchage complet du PLA s’impose.
Surface granuleuse et stringing excessif sur les pièces
Sur le plan visuel, un filament PLA humide produit souvent des surfaces granuleuses, comme sablées, au lieu des parois lisses et régulières attendues. Les microbulles créées par la vapeur d’eau donnent au flux de matière un aspect irrégulier et perturbent sa capacité à s’aplanir correctement. À cela s’ajoute un autre effet typique : un stringing important, c’est-à-dire ces cheveux de plastique qui relient les différentes parties de la pièce ou s’accumulent dans les zones de déplacement à vide. L’humidité modifie la viscosité du PLA fondu et le rend plus sujet à la coulure (oozing).
Vous avez peut-être déjà essayé de réduire la rétractation ou de baisser la température de la buse pour combattre le stringing, sans grand succès. Si le filament est humide, ces ajustements de paramètres auront un impact limité car le problème vient d’abord de la matière elle-même. Dans ce cas, la meilleure « optimisation » de paramètres reste encore de sécher votre bobine. Une fois le PLA suffisamment déshydraté, vous constaterez souvent une nette réduction du stringing, même en conservant les mêmes profils d’impression.
Fragilité structurelle et délaminage des couches
L’humidité du filament PLA ne se contente pas de dégrader l’aspect de surface, elle impacte également la cohésion interne des pièces. L’eau absorbée peut provoquer une forme d’hydrolyse, c’est-à-dire la dégradation partielle des chaînes polymères, surtout lors d’expositions prolongées à haute température. Résultat : les pièces imprimées sont plus cassantes, moins résistantes aux chocs et aux efforts répétés. Là où un PLA sec se pliera légèrement avant de rompre, un PLA humide se brisera net, parfois même au simple retrait du plateau.
Un autre symptôme associé est le délaminage des couches, en particulier sur des géométries hautes ou des pièces soumises à des contraintes mécaniques. Les couches adhèrent moins bien entre elles, ce qui favorise l’apparition de fissures ou de ruptures le long des plans d’impression. Si vous observez que vos pièces se séparent en « feuillets » sous un faible effort, interrogez-vous sur l’état d’humidité de votre filament avant de mettre en cause votre imprimante ou votre slicer. Un test simple consiste à imprimer deux échantillons identiques, l’un avec PLA sec, l’autre avec la bobine suspecte, puis à comparer leur résistance en flexion.
Stockage hermétique : solutions avec dessiccants et boîtes étanches
La meilleure façon de lutter contre l’humidité reste la prévention. Un bon stockage du filament PLA vous évite d’avoir à le sécher en urgence avant chaque impression et prolonge significativement sa durée de vie utile. L’objectif est clair : limiter au maximum l’exposition du PLA à l’air ambiant et maintenir une humidité relative aussi basse que possible autour de la bobine. Plusieurs solutions existent, allant de la plus économique à la plus sophistiquée, et vous pouvez les combiner selon vos besoins et votre budget.
Que vous disposiez de quelques bobines ou d’un véritable stock pour un usage professionnel, mettre en place un système de stockage hermétique avec dessiccants est un investissement rapidement rentabilisé. Vous éviterez non seulement les échecs d’impression liés à un filament humide, mais aussi l’usure prématurée de vos buses et hotends causée par une extrusion instable. Voyons en détail les options les plus efficaces pour protéger votre PLA.
Sachets de gel de silice et indicateurs colorés d’humidité
Les sachets de gel de silice sont souvent la première ligne de défense contre l’humidité. On les trouve dans de nombreux emballages de filaments, mais aussi dans les produits électroniques ou les chaussures. Placés dans un sac ou une boîte hermétique avec votre bobine de PLA, ces dessiccants absorbent progressivement l’eau présente dans l’air environnant. Pour une efficacité maximale, il est important de renouveler ou de régénérer régulièrement ces sachets, en les passant par exemple quelques heures au four à basse température pour chasser l’humidité accumulée.
Pour savoir si votre système de stockage fait correctement son travail, les indicateurs colorés d’humidité sont très pratiques. Il s’agit de petites pastilles ou de granulés qui changent de couleur en fonction du taux d’humidité relative, par exemple de bleu à rose au-delà de 30 ou 40%. En un coup d’œil, vous savez si votre PLA est stocké dans de bonnes conditions ou s’il est temps de remplacer vos sachets de gel de silice. Combiner gel de silice et indicateurs dans chaque boîte est une méthode simple et peu coûteuse pour garder le contrôle sur l’hygrométrie qui entoure vos bobines.
Conteneurs sous vide et sacs à fermeture ZIP alimentaires
Les conteneurs sous vide représentent une solution très efficace pour limiter l’exposition du PLA à l’humidité ambiante. En retirant un maximum d’air autour de la bobine, on réduit mécaniquement la quantité d’eau disponible pour être absorbée par le filament. Vous pouvez utiliser des boîtes sous vide spécifiques ou des sacs à valve avec pompe manuelle, initialement prévus pour le stockage alimentaire. Ajoutez quelques sachets dessiccants à l’intérieur pour capturer l’humidité résiduelle et vous obtenez un environnement de conservation très stable pour votre filament PLA.
À défaut de système sous vide, des sacs alimentaires à fermeture ZIP de bonne qualité peuvent déjà offrir une protection appréciable. Il suffit d’y placer la bobine, un ou deux sachets de gel de silice, puis de chasser autant d’air que possible avant de refermer. Cette solution est économique et modulable, idéale si vous avez peu de place ou un budget limité. Elle est particulièrement pertinente pour les bobines rarement utilisées : en les reconditionnant immédiatement après usage, vous limitez leur exposition cumulée à l’humidité.
Dry boxes sunlu et eSUN : fonctionnement actif avec hygromètre intégré
Pour un usage plus intensif ou professionnel, les dry boxes actives comme celles proposées par Sunlu ou eSUN constituent une solution clé en main. Ces boîtes de stockage pour filament PLA intègrent un système de chauffe doux associé à un régulateur d’humidité. Certaines versions embarquent également un hygromètre numérique en façade, ce qui vous permet de surveiller en temps réel l’humidité relative interne. Le filament peut être utilisé directement depuis la boîte, grâce à des guides de sortie qui mènent la bobine jusqu’à l’extrudeur.
Le principe est simple : maintenir le PLA à une température légèrement supérieure à l’ambiante, autour de 40-50°C, tout en évacuant progressivement l’humidité. Ce fonctionnement continu est particulièrement intéressant si vous imprimez souvent ou si vous travaillez dans un environnement naturellement humide. Au lieu de sécher périodiquement vos bobines, vous préservez en permanence un niveau d’humidité bas, ce qui se traduit par une meilleure répétabilité d’impression et moins de réglages à ajuster.
Déshydratation du filament PLA : techniques et équipements
Malgré toutes les précautions de stockage, il arrivera tôt ou tard qu’une bobine de PLA se charge en humidité. Avant de la condamner, sachez qu’il est généralement possible de la récupérer par un séchage approprié. L’objectif de la déshydratation est d’évacuer l’eau absorbée à l’intérieur du filament sans pour autant déformer la bobine ni dégrader chimiquement le matériau. Plusieurs méthodes sont disponibles, de la plus artisanale à la plus spécialisée, chacune avec ses avantages et ses limites.
Vous vous demandez combien de temps sécher du PLA humide et à quelle température ? La réponse dépend de l’équipement utilisé, de l’épaisseur de la bobine et du niveau d’absorption initial. Dans tous les cas, il est préférable de rester en dessous de la température de transition vitreuse du PLA, autour de 55-60°C, pour éviter de ramollir le support de la bobine ou de déformer le filament. Passons en revue les principales techniques pour redonner une seconde vie à votre PLA.
Food dehydrator : protocole à 45-50°C pendant 4-6 heures
Le déshydrateur alimentaire, ou food dehydrator, est l’un des outils favoris de nombreux makers pour sécher leurs filaments. Conçu pour éliminer l’eau des fruits et légumes à basse température, il offre des plages de fonctionnement idéales pour le PLA, typiquement entre 40 et 60°C. Pour une bobine de PLA modérément humide, un protocole courant consiste à la placer dans le déshydrateur à 45-50°C pendant 4 à 6 heures. Cette durée peut être allongée si vous suspectez une absorption importante ou si l’environnement est particulièrement humide.
Veillez à ce que la bobine soit correctement positionnée pour permettre une bonne circulation de l’air chaud autour du filament. Si votre déshydrateur dispose de plusieurs plateaux, n’hésitez pas à en retirer certains pour laisser suffisamment d’espace. Un avantage de cette méthode est sa constance : une fois la température réglée, l’appareil maintient un flux d’air stable sans surchauffe ponctuelle. De nombreux utilisateurs constatent une amélioration immédiate de la qualité d’impression après un tel cycle, avec un PLA qui extrude plus régulièrement et produit moins de stringing.
Four domestique : précautions à 40°C avec circulation d’air
En l’absence de déshydrateur, un simple four domestique à chaleur tournante peut dépanner, à condition de prendre quelques précautions. La principale difficulté tient à la précision souvent limitée du thermostat, en particulier en dessous de 60°C. Il est donc fortement recommandé d’utiliser un thermomètre de four indépendant pour vérifier la température réelle. Pour sécher du PLA, réglez idéalement votre four autour de 40°C et laissez la porte légèrement entrouverte pour éviter les pics de chaleur et favoriser la circulation d’air.
Placez la bobine sur une grille, de préférence dans un plat en verre ou métal pour la stabiliser, et laissez-la sécher plusieurs heures (4 à 6 heures pour un cas standard). Surveillez régulièrement la température et l’aspect de la bobine : si vous sentez une odeur de plastique chaud ou si la flasque commence à se déformer, réduisez immédiatement la température. Cette méthode reste plus risquée qu’un déshydrateur dédié, mais employée avec prudence, elle permet de rattraper efficacement un filament PLA légèrement humide.
Printdry et sunlu FilaDryer S2 : déshydrateurs spécialisés
Les systèmes spécialisés comme PrintDry ou Sunlu FilaDryer S2 sont conçus spécifiquement pour le séchage des filaments d’impression 3D. Ils combinent un contrôle précis de la température avec un caisson fermé adapté au diamètre des bobines. Pour le PLA, ces appareils proposent généralement des réglages recommandés autour de 45-55°C. Vous pouvez y placer une ou plusieurs bobines, puis lancer un cycle de quelques heures sans vous soucier de la régulation thermique, qui est entièrement automatisée.
Un avantage majeur de ces déshydrateurs spécialisés est leur polyvalence : ils peuvent également servir de dry box pendant l’impression, le filament étant extrudé directement depuis l’appareil. Cela vous permet de maintenir un PLA sec en continu, ce qui est particulièrement appréciable pour les longues impressions. Certains modèles intègrent aussi un affichage de l’humidité relative interne, ce qui vous donne une indication chiffrée de l’efficacité du séchage. Si vous imprimez souvent et avec différents matériaux, investir dans ce type d’équipement peut considérablement simplifier votre gestion des filaments.
Durée optimale selon le niveau d’absorption mesuré
La question de la durée optimale de séchage du PLA dépend fortement de son niveau d’humidité initial. Dans un monde idéal, vous disposeriez d’une balance de précision et d’un hygromètre spécifique pour filament afin de mesurer exactement la quantité d’eau présente. En pratique, la plupart des utilisateurs se basent sur des indices indirects : durée d’exposition à l’air, conditions climatiques, symptômes observés à l’impression. Plus la bobine est restée longtemps ouverte dans un environnement humide, plus il faudra prévoir un séchage long, parfois jusqu’à 8 ou 10 heures.
Une approche pragmatique consiste à commencer par un cycle de 4 heures à 45-50°C pour PLA, puis à réaliser une petite impression test. Si vous observez encore des bulles, du stringing ou un léger crépitement, relancez un second cycle de quelques heures. Gardez à l’esprit que le PLA ne doit pas être surchauffé : il vaut mieux plusieurs séchages modérés qu’un seul traitement trop agressif. Avec l’expérience, vous affinerez votre propre « barème » de durée en fonction des saisons et du comportement de vos marques de filament préférées.
Prévention durant l’impression : systèmes de séchage en ligne
Même avec un bon stockage et un séchage préalable du PLA, l’humidité peut redevenir un problème lors des impressions longue durée. Sur une impression de 20 ou 30 heures, le filament a largement le temps de réabsorber de l’eau s’il est simplement posé à l’air libre près de l’imprimante. C’est là qu’interviennent les systèmes de séchage en ligne, qui maintiennent le filament à l’abri de l’humidité pendant toute la durée de l’impression. Plutôt que de considérer le séchage comme une étape ponctuelle, on transforme l’environnement d’impression lui-même pour qu’il reste le plus sec possible.
Vous vous demandez s’il est vraiment nécessaire d’imprimer depuis une dry box avec du PLA ? Dans un climat sec, ce ne sera pas toujours indispensable. En revanche, si votre atelier est humide ou si vous imprimez de grandes pièces techniques où la constance de qualité est cruciale, ces systèmes de séchage en ligne deviennent très intéressants. Ils offrent une sécurité supplémentaire et réduisent la variabilité entre le début et la fin de l’impression.
Dry box d’impression continue avec passage de filament
La configuration la plus simple consiste à placer votre bobine de PLA dans une dry box équipée d’un orifice de sortie pour le filament. Ce boîtier, qu’il soit commercial ou fait maison, peut contenir des sachets de dessiccant ou un petit système de chauffe, et reste fermé pendant toute l’impression. Le filament sort par un passe-fil en direction de l’extrudeur, limitant ainsi au maximum son exposition à l’air ambiant. Vous créez en quelque sorte une « atmosphère contrôlée » tout au long du chemin parcouru par le PLA.
Pour optimiser cette configuration, certains utilisateurs ajoutent un tube PTFE reliant directement la dry box à l’entrée de l’extrudeur. Ce tube agit comme une barrière supplémentaire contre l’humidité et la poussière, tout en guidant le filament pour éviter les accrochages. Combiné à un bon stockage lorsque la bobine n’est pas utilisée, ce système réduit de manière significative les risques d’humidification progressive du PLA durant les impressions prolongées.
Polybox polymaker : maintien sous 15% d’humidité relative
Parmi les solutions du marché, la PolyBox de Polymaker est souvent citée comme une référence pour le séchage et le maintien en atmosphère contrôlée. Ce boîtier hermétique peut accueillir une ou deux bobines de filament et intègre des sachets dessiccants ainsi qu’un hygromètre. L’objectif annoncé par le fabricant est de maintenir l’humidité relative interne sous les 15%, un niveau très favorable pour la conservation du PLA. Grâce aux guides de sortie intégrés, vous pouvez imprimer directement depuis la PolyBox sans avoir à manipuler la bobine.
Ce type de solution « prête à l’emploi » est particulièrement intéressant si vous travaillez avec plusieurs matériaux sensibles à l’humidité, comme le PLA, le PETG ou le TPU. En centralisant vos bobines dans un même environnement contrôlé, vous simplifiez votre logistique et réduisez le risque de mélanger des filaments secs et humides. Le retour d’expérience de nombreux utilisateurs montre une nette amélioration de la constance d’extrusion et une diminution du stringing, surtout en conditions climatiques difficiles.
Température de stockage et gradient thermique hotend
L’humidité n’est pas le seul paramètre environnemental à surveiller : la température ambiante a également un impact sur le comportement du PLA. Un filament stocké dans une pièce froide, puis brusquement interrogé à haute température dans la hotend, subit un gradient thermique important. Si le PLA est déjà légèrement humide, ce choc accentue la vaporisation et la formation de bulles. À l’inverse, un filament conservé dans un environnement tempéré et sec atteint plus progressivement la température de fusion, ce qui limite les effets indésirables.
Pour cette raison, il est conseillé d’éviter les variations trop brutales entre la zone de stockage et la zone d’impression. Si votre imprimante se trouve par exemple dans un garage non chauffé, envisagez de stocker vos bobines de PLA dans une pièce intérieure plus stable, puis de les transférer peu de temps avant l’impression. De même, les caissons fermés autour de l’imprimante peuvent aider à maintenir une température plus homogène et à réduire les courants d’air, ce qui profite autant à la qualité d’impression qu’à la gestion de l’humidité.
Paramètres d’impression ajustés pour PLA exposé à l’humidité
Malgré toutes les précautions, vous devrez parfois imprimer avec un PLA que vous soupçonnez d’avoir été exposé à l’humidité, faute de pouvoir le sécher immédiatement. Dans ce cas, ajuster certains paramètres d’impression peut vous aider à limiter les dégâts et à obtenir un résultat acceptable. Il est important de garder à l’esprit que ces réglages ne remplacent pas un vrai séchage du filament, mais ils offrent une marge de manœuvre lorsque le contexte ne permet pas mieux.
Les principaux leviers d’action sont la température d’extrusion, la vitesse d’impression, la rétractation et le débit. En jouant finement sur ces paramètres, vous pouvez partiellement compenser la modification de viscosité du PLA humide et réduire le stringing, les bulles ou la sous-extrusion. Voyons comment procéder concrètement pour adapter votre profil d’impression PLA dans ces situations délicates.
Augmentation de la température d’extrusion de 5-10°C
Un premier réflexe peut sembler contre-intuitif : augmenter légèrement la température d’extrusion lorsque le PLA est humide. Pourtant, cette hausse de 5 à 10°C par rapport à votre profil habituel permet souvent de stabiliser le flux de matière. En rendant le plastique un peu plus fluide, on compense partiellement l’effet perturbateur de la vapeur d’eau et on facilite le remplissage complet des couches. Cela peut réduire la sous-extrusion ponctuelle et améliorer l’adhésion entre les couches, deux points souvent mis à mal par l’humidité.
Attention toutefois à ne pas dépasser le haut de la plage recommandée par le fabricant, au risque d’aggraver le stringing ou de dégrader thermiquement le PLA. L’idée n’est pas de surchauffer le filament, mais de lui offrir un « petit coup de pouce » pour mieux s’écouler malgré une hygrométrie défavorable. Dans la pratique, passer par exemple de 200°C à 205-210°C constitue déjà un ajustement perceptible, surtout en combinaison avec une réduction modérée de la vitesse d’impression.
Réduction de la vitesse d’impression et rétractation optimisée
La vitesse d’impression influe directement sur le temps de séjour du filament dans la zone chaude de la hotend. En réduisant légèrement cette vitesse, vous laissez au PLA humide davantage de temps pour fondre et s’homogénéiser avant d’être extrudé. Cela peut atténuer les effets de bulles et de flux irrégulier causés par la vaporisation de l’eau. Un bon point de départ consiste à diminuer la vitesse globale de 10 à 20%, par exemple de 60 mm/s à 45-50 mm/s, le temps de constater l’effet sur vos impressions.
En parallèle, optimiser les paramètres de rétractation est crucial pour limiter le stringing avec du PLA exposé à l’humidité. Une légère augmentation de la distance de rétractation ou de la vitesse de retrait peut aider à réduire la quantité de matière qui suinte entre deux déplacements. Cependant, il faut trouver un équilibre : des rétractations trop agressives risquent de provoquer des bouchages, surtout si le filament est déjà affaibli par l’humidité. L’impression de petits modèles de test dédiés au réglage de la rétractation reste une méthode efficace pour ajuster finement ces paramètres avant de lancer une grande pièce.
Calibration du débit et compensation de viscosité
L’humidité modifie la viscosité du PLA fondu et peut entraîner des variations de débit en cours d’impression. Dans certains cas, il peut être utile de recalibrer légèrement le flow (débit) dans votre slicer, en l’augmentant ou en le diminuant de quelques pourcents selon les symptômes observés. Si vous constatez des zones clairsemées, des couches incomplètes ou une sous-extrusion visible, une légère hausse du débit (par exemple de 100% à 103-105%) peut aider à compenser. À l’inverse, si le filament semble trop couler et former des surépaisseurs, réduire le débit de 2 à 3% peut contribuer à stabiliser la situation.
Pour effectuer cette compensation de manière rationnelle, il est recommandé d’imprimer un simple cube de calibration ou une tour de débit avec le PLA suspect. En comparant les dimensions mesurées et l’aspect des surfaces avec vos références habituelles, vous pourrez ajuster le débit de façon plus précise plutôt que de procéder à l’aveugle. Gardez en tête que ces corrections ne remplaceront jamais l’utilisation d’un filament PLA bien sec, mais elles vous permettront parfois de sauver une impression urgente ou de tester un prototype sans attendre la fin d’un long cycle de séchage.